15 mn pour écrire....

 

Sonnerie stridente !

Linette cherche à tâtons ses foutue mules. Le lit est tellement bas aujourd’hui ! Son dos la rappelle à l’ordre. Elle traine les pieds jusqu’à  la salle de bains. La lumière crue lui ferme les yeux.

En les rouvrant, elle se découvre dans le miroir.

- Purée quelle tête ! Je vais arrêter les bulles ! Miroir mon beau miroir, que ne me mens-tu parfois !

Le jet de la douche la débarrasse de ses pensées dévastatrices.

Un café noir sans sucre, quelques doigts glissés dans ses cheveux courts et la voilà prête.

Une porte qui claque. Décidemment dure journée pour elle : la pluie, le retard et son portable qui est atteint d’une danse de sin gui.

Hé non, elle n’est pas seule au monde et le monde se rappelle à elle.

Pour couronner le tout, sa voiture hoquette… et la chaudière qu’il a fallu changer… et Brice qui lui réclame un supplément pour ce mois ci !...études longues, études chères !

Son investissement principal ?....la tête de son fils !

Enfin la voici arrivée ! Elle anime depuis peu un atelier  d’écriture, son statut de prof de Français la désignait d’office, elle n’a pas eu trop le choix à vrai dire. Mais, elle trouve finalement  touchants et plutôt sympathiques les « écrivains du dimanche » dont elle s’occupe.

Tiens…c’est bien silencieux.  Bertrand, le collègue avec qui elle partage le poste, est plutôt du genre bavard.

Elle peine à ouvrir la porte. Quelque chose bloque.

Linette en a vu d’autres, un bon coup d’épaule et…Mais ça résiste !

Elle réussit enfin à se faufiler et glisse sur un sol gluant qui éclabousse ses bottes à franges.

- Non mais qu’est ce que c’est que ce truc ?

Elle réalise soudain qu’elle patauge dans une mare de sang.

Bertrand ne sera décidément plus très causant : il git à ses pieds, un couteau planté en plein cœur !

Ses yeux grand-ouverts  la dévisagent et elle détourne son regard subrepticement.

Sa tolérance devant tant d’horreur a des limites !