LES MOTS POUR LE DIRE...

Des mots au secours des maux. L'encre pour peinture, le crayon pour pinceau...

21 juillet 2009

Photo en négatif

Comment parler de l’absence, sous ce soleil, quand les bougainvillées glissent en cascade auprès de moi, quand les cigales murmurent leur incessante litanie et que le bruissement du vent dans les palmiers raconte la douceur de vivre ?

Comment parler de la mort au coeur de cette ode à la vie ?

Que dire de ce coup de poing au creux du ventre, qui nous plie en deux et nous laisse là, étouffés par un serpent que l’on nomme chagrin ?

Ce manque au cœur et au corps qui nous vide de tout, nos bras ouverts étreignant soudain...un souffle d’air, comment vous l’écrire ?

Comment évoquer la « photo » du déchirement : celle de Benjamin ?

Je voudrais me souvenir de sa petite enfance....il me reste l’image entrevue de deux enfants serrés sous un parapluie avec en toile de fond la sérénité du lac Léman.

J’ai vraiment découvert Ben lorsque j’ai craint pour sa vie, auparavant, il me suffisait de le savoir vivant.

Il ressemblait aux deux « Henri » (grand-père et oncle), les mains surtout : fines, les ongles carrés et striés. Je regarde toujours les mains en premier lieu, les siennes m’émouvaient et me racontaient mon enfance.

Une année de rémission pour faire vraiment connaissance avec mon unique neveu. !

Je revois l’adolescent observateur et passionné, le comédien flamboyant. Mais, ma mémoire me ramène toujours à ce dernier lundi où nous sommes morts au bonheur comme lui à la vie.

Ce lundi que nous avons vécu comme une ultime représentation, comédiens d’un jour, nous lui avons donné la réplique dans cette tragédie où il était écrit que, de toute façon,  le jeune héros mourrait à la fin.

Tu m’as dit ce jour là que tu ne voulais pas de fleurs, à la clinique, que tu souhaitais des cartes de ton jeu préféré.

J’y pense chaque fois que je te rends visite là où tu es (sans doute : là où tu n’es pas), je te demande pardon de ne pas respecter ta volonté, mais tu me vois semer des cartes sur ta tombe ?

Le jeune premier ne s’est pas relevé pour un dernier rappel !

Le rideau est tombé à jamais...

Alors...salut Benjamin, salut l’artiste !

 

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22 septembre 2007

Il n'y a plus d'enfant....

Dites-leur, aux femmes entourées d’enfants,

Dites-leur, à celles qui sourient devant

Le tableau si charmant

Dites-leur le vide atroce que l’on ressent,

Lorsqu’un jour nos bras ballants,

Nous encombrent et nous pèsent comme d’inutiles instruments.

Nos mains sont vides

Leurs chambres sont vides,

Le désert nous attend

Il est en nous et il s’étend !

Petits cannibales, assoiffés de temps

Ils nous menaient de leurs pas chancelants.

Nous avions accepté la loi du plus aimant

Asservis et consentants

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13 septembre 2007

Papa

Je le suis... son pas glisse sur le parquet .

Je le veux à vingt ans, à trente ou à soixante.

Je le veux souriant, éclaboussé de soleil, cigarette figée et lèvres qui se fendent d’un sourire tendre.

Je le veux, boule de fer nichée dans la paume de la main, courbé par le jeu, répondant d’un mot à la moquerie qui le frôle, regard caressant la femme brune qui l’apaise.

Je le veux bras tendus pour recevoir l’enfant qui se blottit.

Je le veux sur son solex, panier d’osier bringuebalant sur ses reins engourdis, main retenant le béret calé sur ses oreilles glacées par le vent de novembre.

Je le veux soufflant le café brûlant que sa mère lui sert en maternelle offrande.

Je le veux sur la plage, plongeant dans les embruns, le corps coquillage se fondant à la mer, se riant de demain.

Je le suis, sa nuque me fait fondre, sa démarche m’émeut.

Son pas glisse sur le parquet, la peur me tenaille, me tord le cœur et le corps !

C’est mon père, je le veux immortel, encore, encore encore........

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26 juillet 2007

Vacances communautaires!

Et viva Espana!

Que fait-on aujourdhui?

Ah non...j'ai pas envie!

On fait CE QUE L'ON VEUT!

Je vais voir avec Nicole.

Moi, je vais faire un tour...au bingo!

T'as pas confiance en moi, non t'as pas confiance!

Je déteste être pris pour un con!

Sacha Distel, une chanson de Sacha Distel!

On part? attendez-moi je vais prendre ma douche!

Des tomates, je vais acheter des tomates!

Une petite bière, pour digérer?

Il est grand le marché?

Mais, vous avez eu tout le temps pour téléphoner!

Des chaussures, des centaines de chaussures!

Et demain... on fera quoi demain?

Au commencement, le soleil, les bougainvilliers, l'éternel bleu dans le ciel et dans les yeux. L'impression irréelle d'être noyée dans le placenta, comme en appesenteur dans un microcosme de douceur.

Le bien-être s'installe, idéal!

Le corps s'alanguit, il remercie pour ce petit coin de paradis où nous venons l'immerger...pour l'été.

Le seul nuage est en nous, petite ouate blanche où l'on s'étire, sans volonté d'en sortir.

Puis les jours passent.

Notre esprit reposé commence à survoler.....la réalité!

Le rite est en place:

9 heures : petit déjeuner à l'ombre du palmier.

10 heures: douche (froide souvent, le débit est lent, comme dans un film au ralenti, quand il n'y a pas "arrêt sur image"!

11 heures: il est question de s'en aller sur la plage aux maisons colorées. Entre décision et exécution, s'écoulent trente longues minutes, le prix à payer, lourdes du poids de l'inertie...un mail à envoyer, un rouge à lèvres oublié! Et l'on discute, l'on discute, le sujet n'est pas sans gravité : à quelle heure allons-nous nous retrouver chez Paco, ce magicien du rosado qui nous attend chaque année sur sa petite place d'opérette?

Trois petits verres et puis s'en vont, ainsi font font font les petits touristes en vacances!

Les heures s'écoulent...

15 heures, il est temps de rentrer.

La terrasse immuable nous attend pour la scène du grand opéra "bouffe"

A 16 heures, comme dans une pièce bien rodée, chaque couple regagne sa chambre pour un repos immérité!

Les premières siestes m'ont semblé comme du miel à déguster. A présent, un soupçon d'ennui vient les gâter. Le ver est dans le fruit : j'ai envie de bouger!

Vers 18 heures, avec un peu de chance, nous ressortons pour danser le grand ballet touristique dans la frénésie des trottoirs espagnols...olé!

Et à 19 heures, commence la grand-messe de la pétanque, avec ses prêtres et ses ouailles!

Paroissiens, ne vous avisez pas d'aller déranger ces gens-là! Ils sont en pleine cérémonie païenne.

Comme à l'office, feutrez le pas, ne chuchotez même pas!

A les voir ainsi courbés, agenouillés, prêts à lancer prêts à tirer, nous pourrions penser vraiment.....que leur VIE même en dépend!

21 heures nous apéritifons enfin!

Le dîner suit...tout va bien.

Nous avons occupé le temps, nous avons serré les rangs.

Vaillants petits soldats en campagne, nous avons vaincu l'ennui!

La journée fut bien remplie!

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22 juin 2007

une Photo...

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Extrait de mon livre : « L’ALBUM PHOTOS » éditions Thot

Saint Martin de Pontlieue

La troisième marche est usée.

Drôle de petit cratère que le temps a creusé !

Je suis là, bien droite, sur mes jambes potelées semblant m’accrocher à la stabilité victorieuse de mes aînés.

Je voudrais m’envoler, le geste est amorcé, le photographe l’a stoppé. Il a saisi l’instant dans sa fragilité.

Vers moi, les yeux de ma sœur sont baissés. (Jamais elle ne les aura relevés...)

Saint Martin de la joie, éclaté d’allégresse, pour la vie que l’on vient, en ce jour, lui confier.

   Saint Martin de l’absence ruisselant de douleur sous nos regards noyés.

Mangé par les glycines d’un printemps qui se meurt ou alourdi par le tapis rougi d’un automne enflammé : Saint Martin « enclavé » dans le béton vainqueur qui l’a vampirisé !

De ma robe de baptême à celle de mes noces, de la vie que j’ai donnée à celle que j’ai pleurée, toujours les pierres blanches sur moi auront veillé.

Entre Alléluia et Requiem, les ballerines de l’enfant auront devancé les escarpins de la femme, mais tous auront descendu le même escalier, les marches de la vie qu’on ne peut remonter !

La troisième est passée, la troisième est usée !

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07 juin 2007

Le bébé dans la bulle

J’ai la mémoire qui flanche, je m’souviens plus très bien...

J’étais alors habitée par les personnages du film de Truffaut. (Je n’ai lu le roman que bien plus tard...)

Jeanne Moreau « me fascinait, me fascinait... » et notre magasin porta l’enseigne de

Jules et Jim

Ma mémoire patine, ma mémoire est sélective, ma mémoire ne veut pas !

Elle laisse avec parcimonie, remonter en surface de petites bulles de souvenirs, certaines éclatent à peine formées je me faufile à l’intérieur de celles que la vague de l’oubli

n’atteint pas.

J’avais occulté ce jour de 14 Juillet 1972.

Il faisait chaud, j’avais revêtu une robe vague de femme enceinte, je l’étais de trois mois, c’est vous dire si je devançais l’évènement. Et celui là était de taille, je criais à la terre entière que j’allais avoir un bébé, comme si je réalisais là l’exploit du XXe siècle !

Le prénom ?...en tous cas, j’attendais un garçon !

Les gens souriaient et s’extasiaient, me regardant avec infiniment de gentillesse. Pourtant, eux savaient ce que j’ignorais : le destin est là qui nous guette...tapi derrière le rideau de nos illusions.

Je devais être si touchante avec mon ventre plat que je voyais rond !

J’avais réduit mon corps à cela : «  un ventre » et j’étais devenu un réceptacle précieux et rare.

« Jules et Jim » était un magasin très années 70, je ne vous le décris pas, vous ne pourriez comprendre. J’y vendais des disques et des objets design.

C’était la grande époque des Deep Purple, Led Zeppelin, Janis Joplin, Pink Floyd, etc...

En ce jour révolutionnaire, saison oblige, la boutique était ouverte.

Un groupe d’une dizaine de jeunes squattait la moquette. Assis en tailleur, ils dodelinaient de la tête en sirotant du Simon et Garfunkel. Moi, du haut de mon mètre soixante-deux, je dominais la situation et mêlais mon rire aux leurs. J’avais vingt trois ans, la vie était belle et elle était en moi !

Je ne sentis rien à l’instant où mon enfant me quitta.

Je n’eus pas même un pressentiment. La vision de tout ce sang me laissa de glace. Je restais telle une statue figée dans le marbre de l’effroi avec la vie qui fuyait mon corps et la folie qui envahissait mon âme !

Je savais que le « réceptacle » s’était ouvert et que mon ventre et mon cœur se vidaient inexorablement.

La clinique, les sinistres murs verdâtres de ma chambre, l’accueil glacial des infirmières qui me prirent pour une faiseuse d’ange, l’intervention que je subis dans cette salle d’op. cliniquement correcte, le réveil interminable, tout cela fait partie du cauchemar qui se prolongea durant de longues années.

« Je me suis réveillée en sentant des baisers sur mon front brûlant ».

Il faut écrire que, pour me donner le coup de grâce, ILS n’avaient pas retiré de moi le corps de mon enfant mort et que je le perdis dans les toilettes durant le mois qui suivit ! (Je m’entends encore hurler en écrivant cela plus de trente ans après).

Voilà, la petite bulle est remontée, je suis à l’intérieur, bien lovée au chaud auprès de ce bébé qui n’en a jamais été un. Je ne sais pas si je vais ressortir.

Le médecin a tiré la chasse d’eau sur mon enfant, imaginez ça, ce torrent qui l’a englouti comme un excrément sorti de moi !

Je suis en apnée, je perds le souffle, je me noie... !

« De quelle couleur étaient ses yeux, j’crois pas qu’ils étaient bleus... » !

une jeune femme que j’aime a réentendu cette chanson, ce texte lui est dédié !

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04 mai 2007

Le Trolley...

   Il arrivait enfin, ce gros insecte, avec ses drôles d’antennes qui touchaient les nuages !

   Comme un manège en mouvement perpétuel, il faisait le tour de la place de la Lune et s’arrêtait à mes pieds, déversant sur Ponlieue son flot de voyageurs revenant de la ville

   La marche était haute, je me hissais sur la plate forme et constatais, une fois encore, que ma bonne éducation me coûterait la place assise convoitée. Je ferais le voyage debout, arrimée d’une main à une poignée de cuir et de l’autre à la barre de fer qui maintenait au sol les banquettes du géant scarabée.

   J’oscillais comme un bateau ivre, à la recherche de mon centre de gravité, chacun des arrêts me déséquilibrait et mon corps tanguait accroché à mon bras tendu, telle une marionnette à son fil, pendue !

   Rue Nationale, je touchais le port et débarquais sur le trottoir en trébuchant. J’avais dû, auparavant, jouer des coudes et semer de nombreux « pardons », pour accéder à la sonnette, sésame de toute ouverture vers la liberté.

   La rue Victor Hugo me semblait interminable, mais à l’approche de la rue Erpell, je pressais le pas.

   Je parcourais celle-ci comme une fiancée va à l’amour, je frôlais les murs croulants sous le lierre humide et, d’un pied joueur, soulevais les feuilles qui rougissaient le noir goudron, plaie ouverte qui s’étalait sous le vent d’octobre !

   Ma jupe voletait et je frissonnais de plaisir et de froid.

   Tout en haut, sur la place de la clinique de l’Enfant-Jésus, enfin j’apercevais, tache noircissant un grand pan de ciel bleu, le premier peuplier de l’avenue Léon Bollée.

   Nul besoin de lever les yeux, je sentais déjà courir sur moi le regard de Rosalie. Tel un voile tissé de tendresse, il m’enveloppait de la tête aux pieds et m’irradiait de sa chaleur

bienveillante.

   Elle était là, en attente de moi, comme Anne sur sa tour, guettant sous le rideau de cretonne blanche, l’arrivée de sa petite-fille.

   Silhouette entrevue dans la brume automnale, souriante dans le bonjour, mais noyée sous l’adieu.

   Assise sur son Voltaire, chaque nuit je la vois, derrière ses jalousies, attendant que je vienne, sentinelle postée !

   Arrivera-t-il enfin ce gros insecte, avec ses drôles d’antennes qui touchaient les nuages.... ?

   

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27 avril 2007

Les perles blanches

   Avez-vous vu sautiller, le dimanche, ces vieilles dames enchapeautées, tenant entre leurs doigts, serré comme l’anneau de la félicité, le bolduc coloré de la petite boite des gâteaux qu’elle viennent d’acheter ?

   Elles ont revêtu leurs plus beaux habits, ceux qui dans l’armoire, sentent la naphtaline. Et, sortant de l’église, se rendent chez l’une ou l’autre oublier pour un temps la morne solitude.   

   Elles parlent, elles parlent, elles portent en elles la frayeur d’avoir oublié les mots, ceux qui disaient « aimer », ceux qui disaient « c’est beau ! », ceux qu’elles murmuraient et ceux qu’elles retenaient en elles, comme des joyaux enchâssés dans leur cœur trop gros.

   Elles ont mis leur collier de perles blanches, celui des grandes occasions, leurs cols sont empesés et leurs talons usés claquent sur le pavé.

   Vous vous êtes retournés, elles sont trop apprêtées ?

   Vous avez oublié les dimanches passés, ceux du repas familial pris au jardin l’été, chez une grand-mère dont c’est la seule clarté !

   Elles, leurs compagnons ont quitté le chemin.

   Alors, elles marchent seules, ne pouvant faire demi-tour, elles vont droit devant, s’accrochant à l’amie, la voisine ou la sœur, faisant semblant de croire que, battant sous le chemisier repassé, elles ont encore un cœur.

   Elles entendent moins bien. Au début, elles d’accrochent, restent dans le peloton et s’évertuent à suivre toute conversation. Mais, peu à peu le pas se fait plus lent, la parole se cherche et lorsqu’enfin le mot juste est sur le bord de leurs lèvres fardées, il y a bien longtemps qu’on ne les écoute plus !

   Elles restent là, sur le côté et regardent passer tous ceux qui espèrent encore gagner !

   Fantômes entrevus par un matin de juin, elles me renvoient l’image de la photo future, celle que je ne puis encore vous décrire, celle dont je ne sais rien.

   

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18 avril 2007

Le parfum des roses

   Que sont-elles devenues les Chantal, les Claire et les Laure

qui posaient ce jour-là, sous les deux bras tendus

de l’imposante statue ?

Les mains croisées,

sourire figé

ou yeux rieurs,

de l’autre côté du miroir,

elles me regardent, prisonnières du temps,

coincées dans ma mémoire :

elles ont toujours douze ans !

   Avec elles, je suis,

petit col serré,

la frange bien coupée

et les deux bras trop grands.

   Derrière ces visages d’enfants,

je recherche les femmes,

je distribue les rôles,

arbitre du destin :

la brune est fonctionnaire

et la blonde doit avoir une ribambelle d’enfants !

Pour la grande au regard triste,

j’ai appris que l’image s’était effacée inexorablement !

   Nous avons joué ensemble,

ri ensemble,

usé sur les bancs nos jupes et nos douze ans.

Sous la charmille, nous allions prier en neuvaines le Dieu des bonnes sœurs,

l’imposant Sacré-cœur,

qui croulait sous les roses à la belle saison.

Et, au bout du chemin, l’Huisne, comme notre jeunesse, s’écoulait doucement

et comme s’excusant.

   Notre printemps fut court

et, à grands coups de dents,

nous avons dévoré les fruits de notre été.

   La statue n’est plus là  ILS l’ont fait tomber.

Il n’y a plus de rose à l’ombre des cyprès

et les tilleurs dorment, couchés sur le béton.

  Si vous passez tout près et que vous avez gardé,

enfoui au fond de vous, un peu de votre enfance,

vous fermerez les yeux et, frôlant la glycine,

vous longerez les murs bordant la rue du Repos.

Poussant d’un pied rageur le caillou retrouvé,

vous franchirez alors le portail rouillé

et entendrez la voix des enfants chanter :

« Chez nous soyez Reine

Nous sommes à vous

Régnez en souveraine

    Chez nous, chez nous ! »

...Et si vous êtes vraiment très attentif, ou simplement incorrigiblement rêveur,

vous sentirez monter vers vous l’odeur mêlée des roses et des tilleuls en fleurs.

Chez nous.....à l’école du Sacré-cœur !

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17 avril 2007

Rosalie (tiré de mon livre l'album photos (Ed Thot)

La femme aux dahlias...

La campagne est boueuse, le paysage bruine sous le ballet fuyant des essuie-glaces glauques.

Mais mon âme chante, j’ai le cœur en étendard, dans le rétroviseur Blanche a fermé les yeux sur ses rêves d’enfants ses rêves colorés comme un tableau abstrait une œuvre sans fin ni commencement.

Sa petite bouche humide tête le lapin bleu dont les oreilles racontent les sommeils passés. Moi, j’entends l’allégro de Bhrams. La terre me renvoie une odeur de purin, mes épaules montent pour mieux respirer cet air d’un Solesmes retrouvé, petit coin de paradis ,enfoui dans ma mémoire qui a banni le gris.

Je revois Rosalie, en sa maturité, elle marche à petits pas, craignant la chute et serre contre elle un bouquet de dahlias. On dirait une jeune fille, ses joues sont rosies, ses cheveux décoiffés, elle est au bras de Georges, son cousin préféré.

Elle parle, elle parle, elle s’extasie sur la parfaite harmonie du petit potager, Ce soir, elle repartira chargée de choux de salades et de fleurs, que pour elle il aura sacrifiés.

Moi, je saute dans les allées, je vois la femme, telle une chrysalide, se libérer de la dépouille inutile, celle de la grand-mère, si lourde à porter !

J’essaie de la ramener à moi, je crie : « Mémée » !

Elle sourit. Elle m’aura tout pardonné !

C’est comme un tableau qui s’impose : la femme et le bouquet, l’homme que les années n’ont pas encore courbé,, les vaches dans le pré, la maison de poupée et le soleil de Juin qui vient tout sublimer.

- Mamou, on va où ?

Je souris au miroir carré. La dépouille abandonnée, c’est moi qui l’ai endossée !

- On est arrivées...mon bébé.

Posté par anydevreux à 17:53 - COULEUR SEPIA - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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