LES MOTS POUR LE DIRE...

Des mots au secours des maux. L'encre pour peinture, le crayon pour pinceau...

16 juin 2009

L'étoile de mer...

 

 Le retour fut morose...

 Maman a crié : - Madie va prendre ton bain!

 Elle voulait bien se laver de tout ce rouge qui la couvrait tel le voile écarlate d'une mariée incandescente.

  Mais, le rouge "soleil couchant "qu'elle appelait et qu'elle fuyait, était aussi couleur de sang.

 L'eau était tiède, son pied alla la "goûter" comme un oiseau craintif, le reste de son corps bascula dans la douceur mousseuse. Sa tête disparût dans le silence, ...enfouie.

 Elle était dans le ventre de maman, des bruits lui parvenaient, comme chuchotements....La bulle où elle se terrait devint inaccessible.

  Elle était petit poisson frétillant sous la houle, mignonne étoile de mer aux bras écartelés.

 Si elle remontait, elle retrouverait le bruit, la lumière et la vie.

  Alors, petite Madie, s’est faite sirène au jardin de Neptune

 Un tourbillon l’a aspirée : Maman avait enlevé le bouchon de son rêve, elle était épave dans la baignoire… échouée.

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Madie

 Puis, était venu ce fameux jour ...

 Ils avaient été très gentils. Ils s’étaient même frôlé la main, avaient échangé un sourire avant de la regarder. Ils étaient là comme des friandises fondantes et sucrées. Ils lui murmuraient qu'ils l'aimaient, qu’elle était leur petite fille à tous les deux.

 Madie s'était engouffrée alors dans la grande prison de la méfiance, celle qui protège mais isole du monde des grands. Elle avait dressé des grilles, barricadé son coeur et son corps, croisé les bras sur sa poitrine, baissé la tête sur ses ballerines et fermé les yeux sur l’enfance achevée.

 Elle n’avait pus éviter que les mots ne l'atteignent.

 Désormais, elle les aimerait en dissocié, en pointillé, quartiers d'orange après quartiers d'orange, petites gorgées de l'un après petites gorgées de l'autre, sans jamais pouvoir les dévorer d'un coup comme une petite fille affamée! Toujours ...elle resterait sur sa faim.

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09 février 2008

le baiser de Lili

Le baiser de Lili

Je n’aurais pas dû l’embrasser, mais tout de même, ce baiser, c’était du miel, une madeleine fondante, du chocolat en fusion dans un volcan de sensations !

J’ai envie de danser, de m’étourdir dans une farandole solitaire, sans mains pour tenir les miennes, à petits pas, à la façon des Geishas.

Ce que j’éprouve ne peut se définir par des mots, seulement par des silences qui s’effilochent telles les notes d’une musique que je compose avec mes sens.

Le lampadaire me renvoie l’image d’un autre qui se noie sous une lumière trop crue. Nous sommes infiniment petits, écrasés par le poids des non-dits, des trop gardés en bouche et en cœur : insectes qu’un jardinier aurait déterrés pour leur donner un léger souffle de vie.

Non, vraiment, je n’aurais pas dû l’embrasser !

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22 juin 2007

Madie

Le dimanche suivant, la forêt les accueillit pour un bol d’air givré !

   La vie était belle, leurs bouches soufflaient des nuages.

   Les pieds de Madie glissaient sur les feuilles, soulevant le tapis gelé qui s’effritait sous ses pas.

   Son bonnet de fourrure frôlait ses yeux, enserrant ses oreilles comme un petit casque de combat. Combat contre le froid et le vent qui soufflait en rafales dans le sous-bois.

  -Les arbres ont été déshabillés par l'hiver

…pensa la petite fille frileusement.

  Elle avait laissé maman près de la voiture, un téléphone scotché sur la joue droite et était partie en expédition à la recherche de son loup, rougi par l'envie, lavé par la pluie.

    Elle cria pour s'entendre, pour casser de sa voix le mur que le silence avait érigé. Puis, se mit à courir pour emballer son coeur, le sentir sous la laine haleter et se plaindre. Un petit point la serra, sur le côté niché.

   Zora apparut alors au milieu du chemin, les deux pieds bien campés sur le sol bosselé, les mains serrant ses hanches. Elle avait le rire aux yeux et la bouche fermée sur les mots qu'elle retenait pour ne pas effrayer le petit chaperon qui traversait son jour comme un lumignon virevoltant et gracieux.

    Madie demanda :

   - tu n'as pas vu un loup, un loup rouge?

   - comment te nomme-t-on?

   - Madie

   - moi c'est Zora et ton loup n'est pas là. Ici, c'est chez moi et je n'ai invité aucun loup!

   - tu sais, je n'ai pas peur de lui, j'ai seulement envie de le voir, il doit être si seul!...comme moi.

   - mais, toi tu as ta maman, ton papa...

   - le loup court après le rouge, moi je cours aussi, mais je ne sais pas pourquoi.

   - viens, dit Zora.

    Prenant le bonheur par la main, elle pensait faire avec lui un bout de chemin, mais, sans doute n’était-ce qu’ un leurre, un hologramme évanescent qui s'évanouirait dans l'instant.

    La petite fille cria "au revoir"!

    Alors Zora sourit, puis elle disparut dans le bois des soucis.   

   

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18 mai 2007

La malle aux illusions

  Souvent, elle ouvrait la malle des souvenirs, c’était un besoin qu’elle avait de se faire mal. Dans un couvent elle se serait flagellée. Dans la forêt, elle se parlait…

  «  J’embrasse ton image, elle est froide comme du marbre. Une petite buée t’efface, tu es dilué dans les méandres du passé. J’essuie de mon doigt le verre, pour te retrouver. Tu souris, sembles amusé. Sens-tu ma main caresser ta joue, contourner tes yeux pour finir sur ta bouche ? Un voile de poussière t’habille d’un masque de caresses esquissées. Je voudrais te voir bouger, sentir ta peau frémir et ton duvet se hérisser sous l’émotion retrouvée.

   J’embrasse ton image, elle m’observe, je n’ai pas cillé, regards croisés, en garde pour le combat, face au passé « décomposé ».

   Je te dépose dans la malle, coincé entre ma robe de mariée et ma collection d’Illusions perdues, bouche écrasée contre Lucien de Rubimpré. Tu peux frapper, défense d’entrer où de sortir, je te garde comme un trophée. »

   A présent, elle pleurait inondant le bois, à genoux devant ce bric à broc éparpillé. Ses cheveux la recouvraient, elle pensait à cette petite fille entrevue et à son loup rouge. Max était-t-il son loup à elle, aurait-elle pu l’apprivoiser ?

Posté par anydevreux à 18:28 - LA POUPEE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Que reste-t-il ?

J’ai été une petite fille. C’était il y a bien longtemps. Seules mes mains s’en souviennent .Elles ont parfois un peu de nostalgie aux bouts des ongles (que je ronge au sang les jours où l’enfance est trop loin). Mes yeux sont restés, semblables aux petites billes d’autrefois lorsque l’éblouissement les habitait encore. Il me reste au moins ça : la douce lumière d’un regard et les doigts impatients de l’âge tendre.

Posté par anydevreux à 18:22 - LA POUPEE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 mai 2007

L'écrivain

Nuit blanche..., page blanche, ce jour là restait immaculé. Vincent s'était absenté en lui, aventurier dans son propre corps, il glissait dans ses veines comme caillou dans un torrent, en apesanteur. Seul, son instinct était en éveil, sa peau se souvenait, elle respirait et s'emplissait de sensations animales.

Son regard enregistrait le serveur aux aguets, la femme à la valise rouge, la file d'attente au guichet. Il avait son bureau dans les gares. Toujours, il y trouvait matière à écriture, s'emparant d'une marionnette qui passait et la manipulant pour lui donner vie et consistance. Il tirait les fils, agitant sans fin le pantin qui finissait par lui appartenir corps et âme. Alors, il devenait une sorte de puissance décidant des destins et des fins, maître du ciel et des tempêtes, pénétrant les corps et les têtes, il était Dieu...tout simplement.

Une autre fois , peut-être, la femme à la valise rouge eût fait un bon "départ". Mais, ce jour- là, le personnage qu'il fouillait, c'était lui-même.

Une empreinte vampirisante restait en lui...

Il alluma une cigarette et sortit. En rejetant le nuage gris, il sourit au vent, à la vie.

Il reprit sa voiture au parking et ferma les yeux : le ciel était blanc...comme le reste!

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09 mai 2007

soufflons des nuages....

   

Le dimanche suivant, la forêt les accueillit pour un bol d’air givré !

La vie était belle, leurs bouches soufflaient des nuages. Les pieds de Madie glissaient sur les feuilles, soulevant le tapis gelé qui s’effritait sous ses pas. Son bonnet de fourrure frôlait ses yeux, enserrant ses oreilles comme un petit casque de combat. Combat contre le froid et le vent qui soufflait en rafales dans le sous-bois.

-Les arbres ont été déshabillés par l'hiver …pensa la petite fille frileusement.

Elle avait laissé maman près de la voiture, un téléphone scotché sur la joue droite et était partie en expédition à la recherche de son loup, rougi par l'envie, lavé par la pluie.

Elle cria pour s'entendre, pour casser de sa voix le mur que le silence avait érigé. Puis, se mit à courir pour emballer son coeur, le sentir sous la laine haleter et se plaindre. Un petit point la serra, sur le côté niché.

Zora apparut alors au milieu du chemin, les deux pieds bien campés sur le sol bosselé, les mains serrant ses hanches. Elle avait le rire aux yeux et la bouche fermée sur les mots qu'elle retenait pour ne pas effrayer le petit chaperon qui traversait son jour comme un lumignon virevoltant et gracieux.

Posté par anydevreux à 12:37 - LA POUPEE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 avril 2007

Ras le bol!

Le tapis pleure l’usure !  La salle d'attente est bondée. Il fait chaud, la moiteur est palpable, les vêtements collent aux corps les rendant presque indécents: sueur, sensualité, peaux agglutinées!

Pas de place assise! pas assez vieille, pas assez moche, pas assez bancale, pas assez enceinte, pas assez "malade"!...même les yeux ne se sont pas levés, ils restent au ras du sol, au ras des pieds qui s'impatientent, au ras des rêves de ceux qui ne volent jamais, au "ras le bol".

J' ai pris appui sur le mur, une jambe pliée, l'autre la soutenant, toujours la même : la droite, tellement sollicitée qu'elle se pare à présent de jolies étoiles rouges, derrière le genou, nichées.

Au mur, des punaises retiennent une affiche : un crétin prétend me faire avaler  le remède miracle pour ménopausée. Non merci!..J'ai déjà donné! 68 et la pilule liberté, celle qui faisait gonfler comme baudruche sans bébé...génération sacrifiée.  – Ils nous prennent pour des rats de laboratoire tous ces chercheurs, ces pied nickelés, dans leurs hormones bien calés. Nos corps sont à nous et n'ont rien demandé...n'allons surtout rien leur donner!

Le sourire du médecin me reconnait. Signe de tête :

-désolé pour l'attente, pour la chaise qui manque...désolé pour tout. Haussement d'épaules, lèvres rentrées.

-Ca ne fait rien vraiment, je suis en station debout depuis déjà tellement longtemps, un peu plus, un peu moins...mes jambes tiendront! La droite en sera quitte pour une nouvelle étoile, galaxie rougeoyante sur un mauve éclaté.

  Lui, pense :

- tiens, mon renouvellement de Ténormine...trois mois sont vite passés. Patiente régulière...haute tension et nervosité!

A côté de moi, un enfant tousse. La mère se tourne vers moi : ses yeux disent :

-vous voyez un enfant dans cet état c'est une misère n'est-ce-pas ?

  Elle se justifie : elle est assise!

Et, l'autre affalé sur son siège qui reluque les jambes croisées de la mère du bronchiteux! Cocktail savoureux d'éclopés en tous genres. Je reprendrais bien un doigt de patience, avec un zeste de sourire et un voile d'hypocrisie.

-C'est à vous...

Je me suis mal numérotée, ou alors j'ai un passe-droit pour mon assiduité.

La main se tend, je la prend et la rend....

Il s’est mis à pianoter sur son écran. Je suis devenue "carré bleuté "! Que peut-il donc lui raconter à son engin mémorisé?

-Il me faudrait du Ténormine"

Il acquiesçe regard scotché sur son clavier.

-Je suis un peu nerveuse, un peu fatiguée, alors magnésium et fer ajoutez! ...et il me faut une prise de sang, je le sens.. 

Il tapote encore et se leve, il est temps de justifier les petits papiers échangés. Je m'allonge sur le lit de soins, il scratche la courroie noire sur son bras dénudé...j'ai  les bons chiffres, tout va bien. Pas besoin de repasser...un examen.

La main se tend, je la prend.....et la rend!

-Dans trois mois?...entendu..!

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20 avril 2007

Peter...pan!!!

   Sa rencontre avec Peter l’a fait grandir d’un coup !... :

blog_080

   Il a sauté la barrière, les yeux de Madie se sont faits «  étoiles » devant cet exploit de grand ! Son short laissait deviner de longues jambes brunies par le soleil, noircies par la terre, bleuies par les chutes. Il a souri, regard baissé, presque gêné, ne sachant que faire de son grand corps liane, une fois le mur franchi. Sa bouche de jeune fauve laissait entrevoir des dents bien alignées, avec cependant des vides à combler. Pour lui, a-t-elle pensé, la petite souris avait dû souvent passer !

   Ses ongles étaient endeuillés et il les cachait dans les poches d’une culotte qui ne demandait qu’à tomber.

-         tu veux jouer ?

-         je ne sais pas…tu es qui toi ?

-         Pierre ! et toi c’est Madie je le sais…

   Lequel a pris la main de l’autre le premier ?

Nul doute qu’elle n’oubliera pas ce jour de Juin qui a vu Pierre aluner dans ses rêves.

Et il est certain qu’elle l’a regardé avec les yeux de Wendy ce Peter à la chevelure flamboyante, aux yeux pétillants. Pour elle il a déniché des souris sous la paille, traversé le petit cours d’eau à pas sautillants comme une grenouille, serrant sa main, lui indiquant l’île qui accueillerait son soulier neuf. Il a cassé des branches, construit une cabane et l’a faite reine d’un pays imaginaire, la couronnant de fougère.

   En lui apprenant le chant du rossignol et le pas du renard dans la haie, il a redessiné les nuages, leur inventant des noms et d’aériens voyages.

   Elle lui a demandé :

-         toi, tu voles ?

Je pourrais…si je voulais !

Alors, elle a pensé qu’il ne le voulait pas vraiment, son Peter Pan. Sans doute, souhaitait-t-il rester avec elle et …devenir grand !

Posté par anydevreux à 13:32 - LA POUPEE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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